Journal 10: Janvier 2026 à début mars 2026
37. 7 janvier 2026
Voilà bientôt deux ans que la résidence artistique de Robert a commencé. Ici, sous la forme de deux questions, un point d’étape qui vient compléter le journal de bord tenu depuis le début.
Delphine Milin : Allo Terre ? Ici Cosmos est une œuvre processus à laquelle tu travailles depuis près de deux années au cœur du quartier Gagarine à Ivry sur Seine. Au terme de cette deuxième année le noyau reste le jardin -mandala et un groupe de dix femmes. Mais autour de ce noyau tu as continué à parsemer les alentours de piquets en bois surmontés de photographies ou de textes.
Avec le temps une forme d’interaction collaborative s’est mise en place par la seule présence continue de cet espace dédié à l’art au milieu du quartier. Penses-tu que ce projet puisse générer de nouvelles pratiques, porter en lui une « capacité transformatrice » ? Je pense à ton œuvre « Jardin aux habitants », longeant le Palais de Tokyo, qui a participé à la transformation du quartier où il est implanté.
Robert Milin :
En effet ici, plus encore qu’au Palais de Tokyo, je pense que quelque chose pourrait se transformer de manière durable. Au Palais de Tokyo le terrain était défini et limité comme appartenant au Palais de Tokyo. Ici l’espace en forme de cercle-mandala est apparemment confiné à un terrain provisoirement accordé pour une durée de trois ans, tel que convenu par contrat signé avec l’EPEA-ORSA et la Ville d’Ivry-Sur-Seine. Mais ce qui est différent c’est « qu’à Gagarine » comme l’on dit, nous avons développé de nouvelles pratiques d’habitant.es qui se sont emparé.es de ce geste de pouvoir assez librement jardiner au pied de leurs immeubles. Ça a l’air anodin mais c’est bien plus transformateur qu’il n’y paraît. Cette situation consistant à voir soudain des voisin.es s’emparer de jardins, en étant de plain-pied avec le flux ordinaire de la vie et des rencontres possibles, voilà ce qui pourrait se transformer par d’autres initiatives parfaitement imaginables par les gens eux-mêmes. Les pelouses, les quelques espaces verts qui vont se dégager dans l’avenir, ne seront plus forcément les lieux de l’action directe des agents municipaux. Ces derniers sont actuellement repérés comme des agents effectuant une tâche relativement discrète et anonyme une fois par mois. Peu de relations, peu de langage et finalement peu de créativité en résultent. Ce n’est pas une critique c’est un fait dû à la logique des organisations que la sociologie des organisations des années soixante et soixante dix l’avait étudié, je pense par exemple aux livres de Michel Crozier Le Phénomène bureaucratique (1963) et L’Acteur et le système (1977).
Je pressens ici que le fait que nous nous sommes constitués en association avec les habitant.es va encourager ces dernier.es à revendiquer d’autres espaces dans le futur. Et ceci pourrait rejoindre l’intérêt qu’a la ville de voir les espaces communs vivre de manière plus conviviale autour de l’idée d’agriculture urbaine, de l’écologie et de la nature.
Delphine Milin : Pour cette dernière année tu as décidé de continuer à installer des textes, dessins, photos sur piquets ici et là, tu as aussi commencé à développer un projet photographique avec certain.es habitant·es. Mais tu as aussi décidé de rester concentré sur ton « équipe de base » et de revenir avec elles sur le texte de Virgile et leurs pensées sur la Terre. Comment envisages-tu cette nouvelle étape ?
Robert Milin :
Pour 2026 je voudrais tenter de réaliser quatre choses. En premier lieu continuer à installer du langage, des dessins et des photos sur des panonceaux rectangulaires et verticaux, plantés dans des espaces en terre disponibles. Je voudrais étendre et densifier ce qui a été déjà commencé durant les deux premières années pour que cela devienne une sorte d’extension de l’aura du mandala, dans divers endroits plus éloignés du quartier.
En second lieu le projet photographique que j’ai commencé concerne toutes ces personnes qui « gravitent autour » du mandala. Des hommes et des femmes que j’ai rencontré·es là autour du jardin, entamant des conversations avec nous, parlant de la pluie et du beau temps, des légumes, des fleurs, de la terre … De jour en jour j’ai voulu faire leur portrait chez eux ou au travail. Les portraits de Wally, de Philippe, d’Eliane, de Nani et Marem existent déjà.
En troisième intention je voudrais réaliser un film d’une durée d’une heure environ évoquant par l’image vidéo, le son, les archives, des textes, des photographies, des dessins tout ce qui ce se sera déroulé ici pendant 3 ans avec au cœur la sensibilité des gens avec la terre et le végétal.
Enfin je suis en train de travailler à une performance collective, qui sera réalisée à la Galerie Fernand Léger en faisant une place essentielle aux 10 femmes participantes, à leurs paroles et aux sons du quartier.
Pour reprendre l'entretien depuis le début c'est ici: https://lesmandalasdegagarine.blogspot.com/p/entretien-autour-de-allo-terre-ici.html
38. 20 janvier 2026
L’assemblée générale de l’association Les Mandalas de Gagarine s’est tenue samedi 17 janvier 2026 à la Galerie Fernand Léger à Ivry sur Seine.
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| Assemblée générale du 17 janvier 2026, Ivry sur Seine |
Il s’agissait de faire le point sur l’année écoulée, de se projeter sur la nouvelle et dernière année de résidence et enfin de partager une galette.
Pour le compte-rendu de l’assemblée
générale, rédigé par Evelyne et Dany cliquez ici : https://lesmandalasdegagarine.blogspot.com/p/compte-rendu-assemblee-generale-17.html
Le prochain passage de Robert dès la fin janvier va permettre de commencer à s’atteler aux trois nouveaux projets : une œuvre vidéo et sonore, une performance avec la participation du noyau dur de l’association et un journal filmé.
39. 20 février 2026
Robert profite de l’hiver pour travailler à tous les projets qui vont prendre forme cette année autour du jardin mandala. Une résidence de trois ans voit se succéder différentes phases de présence, d’action, de recul, de pensée, d’adaptation, de discussion.
Après deux années se sont accumulés des matériaux photographiques, vidéos, sonores très importants. Certains ont été réalisés par Robert d’autres par les membres de l’association, par des voisin·es ou bien aussi parfois proviennent des archives municipales.
Début mars il y aura un premier temps de travail sur la performance que Robert souhaite mettre en place avec ce groupe d’habitantes, actives depuis le tout début.
Début avril il y aura à la Galerie Fernand Léger à Ivry sur Seine une exposition collective consacrée à l’art dans l’espace public et Les Mandalas de Gagarine seront présents (Vernissage le 11 avril 2026).
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| Maquette préparation exposition collective, Robert Milin, Février 2026 |
Fin mai il y aura au cœur du quartier une action importante de plantation de piquets avec des textes ou des photographies contrecollés et le soir tout le monde* sera invité à venir pique-niquer et discuter autour du jardin. Avec les premiers jours de l’été il y aura également la fête de quartier.
*tout le monde : membres de l’association, les habitant.es, les usager.ères des structures du quartier, les élu·es, les curieu·ses…
40. Début mars 2026
Premiers essais pour « une performance », première pour Dany et Dominique mais aussi pour Robert qui n’a jamais travaillé à une performance auparavant.
Le jardin mandala reste le coeur vivant du projet Allo la Terre ? Ici Cosmos mais comme souvent sur ces projets, qui prennent le temps de s’inscrire dans un lieu et dans des habitudes, viennent se greffer des œuvres satellites. Cette performance pourrait être l’une d’elles.
Première journée de travail en ce début mars.
Laissons la parole à Dany, présidente de l’Association les Mandalas de Gagarine, qui a rendu compte de ce moment sur le groupe whatsapp.

Dominique et Dany, Répétition 1, Galerie Fernand Léger
« Coucou à toutes et tous. Vendredi dernier, 6 mars, 1ère répétition de la performance souhaitée par Robert pour sa prochaine exposition en 2027 à la Galerie Fernand Léger. Après un accueil toujours aussi chaleureux de Hedi, Robert, le metteur en scène, nous a guidées et nous avons commencé notre répétition. Après plusieurs mises au point et qq improvisations par rapport aux textes initiaux, Robert a estimé que le résultat de ce premier exercice le confortait dans son idée de petites scènes théâtrales au sein de son exposition. La prochaine fois nous serons plus nombreuses à répéter et ce sera encore plus sympa. Novice en la matière, c’était une grande première pour moi et je ne regrette pas. P’tit à p’tit, ça va le faire . Bref, Dominique et moi, nous nous sommes bien amusées. Bonne soirée à toutes et tous et à bientôt. » Dany
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